Chers collègues infirmiers et infirmières, confrontés au quotidien à des situations d’urgence, il est impératif de maîtriser les procédures dérogatoires qui encadrent notre pratique. La prescription orale en urgence, bien que exceptionnelle, est une réalité qui exige rigueur et professionnalisme. En Belgique, comme ailleurs, une telle prescription doit impérativement être régularisée par le médecin prescripteur dans un délai de 5 jours ouvrables. Le non-respect de cette procédure met en jeu non seulement la sécurité du patient, mais aussi notre responsabilité professionnelle et légale.
Le cadre légal et éthique de la prescription orale d’urgence en Belgique
L’urgence vitale ne prévient pas. Dans des situations critiques où chaque seconde compte, le médecin peut être amené à donner un ordre de prescription verbal à l’infirmier(e). Ce mode de prescription déroge à la règle d’une prescription écrite, datée et signée, mais il est toléré par le cadre légal belge et les principes déontologiques infirmiers, à la condition stricte que des mesures de régularisation soient prises immédiatement après l’acte. Il s’agit d’une dérogation motivée par la nécessité d’agir promptement pour préserver la vie ou une fonction essentielle du patient.
Quand une prescription orale est-elle justifiée ?
Une prescription orale est admissible uniquement dans des cas d’urgence vitale ou fonctionnelle immédiate, où l’attente d’une prescription écrite pourrait entraîner un préjudice irréversible pour le patient. Voici quelques exemples concrets de situations pouvant justifier une telle démarche :
- Un choc anaphylactique nécessitant une administration rapide d’adrénaline.
- Un arrêt cardiaque ou une détresse respiratoire aiguë.
- Une crise convulsive nécessitant un anticonvulsivant d’urgence.
- Une douleur aiguë intolérable ne répondant pas aux traitements standards.
- Une hypoglycémie sévère avec altération de la conscience.
Dans tous les autres cas, même si la situation est urgente, la règle de la prescription écrite doit être privilégiée. Si un doute subsiste, n’hésitez jamais à demander la confirmation écrite ou à faire appel à un second avis médical si possible.
La procédure de régularisation sous 5 jours : Une démarche cruciale
La régularisation n’est pas une simple formalité administrative ; c’est un acte qui valide rétrospectivement l’intervention infirmière et sécurise l’ensemble de la prise en charge. Elle garantit la traçabilité et la légalité de l’acte.
Les étapes pour l’infirmier/infirmière lors d’une prescription orale
En tant qu’infirmier(e), votre rôle est central dans cette procédure. Voici les étapes à suivre avec la plus grande rigueur :
- La réception de l’ordre verbal :
- Noter immédiatement : L’heure et la date exacte de l’ordre, le nom et la fonction du médecin prescripteur.
- Détailler la prescription : Nom du médicament, forme pharmaceutique, posologie, voie d’administration, fréquence. Soyez exhaustif !
- Identifier le patient : Nom, prénom, date de naissance.
- Répéter l’ordre (Read-back) : Reformulez à voix haute l’intégralité de la prescription au médecin pour validation. C’est une étape cruciale pour prévenir les erreurs de compréhension.
- L’administration du traitement :
- Assurez-vous de respecter scrupuleusement les 5 B (Bon patient, Bon médicament, Bonne dose, Bonne voie, Bonne heure).
- Surveillez attentivement le patient après l’administration et documentez sa réponse au traitement.
- La documentation initiale dans le dossier patient :
- Enregistrez sans délai toutes les informations recueillies (date, heure de l’ordre et de l’administration, médecin prescripteur, détail de la prescription).
- Mentionnez explicitement qu’il s’agit d’un « ordre verbal urgent ».
- Apposez votre signature. Cette documentation est votre preuve de diligence.
- Le suivi de la régularisation :
- C’est la partie la plus critique. Vous devez vous assurer que le médecin prescripteur retranscrit et signe physiquement ou électroniquement la prescription dans le dossier patient.
- Le délai généralement admis en Belgique est de 5 jours ouvrables. Ce délai peut être précisé par les protocoles spécifiques de votre établissement.
- Si le médecin tarde à régulariser, il est de votre responsabilité de lui rappeler.
- En cas de non-régularisation persistante après plusieurs rappels, informez votre cadre de santé ou votre hiérarchie pour qu’une action soit menée. Ne laissez jamais une prescription orale sans régularisation écrite.
Le rôle du médecin prescripteur
Le médecin qui donne un ordre verbal urgent s’engage moralement et légalement à le régulariser par écrit. Cette régularisation est une retranscription fidèle de l’ordre initial. La signature du médecin est la validation finale qui confère à la prescription sa pleine valeur légale.
Les risques et les bonnes pratiques
Ignorer ou mal appliquer la procédure de régularisation expose à des risques significatifs :
- Erreur médicamenteuse : L’absence d’écrit augmente le risque d’erreurs de compréhension et d’administration.
- Absence de traçabilité : Sans régularisation, il n’y a pas de preuve formelle de l’acte, ce qui peut poser problème en cas d’incident ou de contrôle.
- Responsabilité juridique : L’infirmier(e) et le médecin engagent leur responsabilité. En cas de litige, l’absence de régularisation rend la défense très difficile.
- Perte de confiance : Entre professionnels et de la part des autorités de contrôle.
Face à ces situations délicates où chaque décision compte, une solide maîtrise du raisonnement clinique est indispensable. Savoir analyser rapidement une situation, poser un diagnostic infirmier pertinent et assurer des transmissions impeccables sont les piliers d’une prise en charge sécurisée. C’est précisément ce que notre formation « Maîtriser le Raisonnement Clinique (Diagnostic, transmissions) » vous propose. Pour seulement 40€, affûtez vos compétences et renforcez votre confiance dans la gestion des situations complexes, y compris celles nécessitant une prescription d’urgence.
Pour minimiser les risques, voici quelques bonnes pratiques à toujours garder à l’esprit :
- Privilégiez toujours l’écrit : Si la situation n’est pas une urgence vitale absolue, insistez pour une prescription écrite.
- Connaissez vos protocoles : Chaque établissement belge dispose de protocoles internes. Familiarisez-vous avec eux.
- Communication claire : Assurez-vous d’avoir une ligne directe et claire avec le médecin. En cas de doute, demandez des précisions.
- Votre droit de retrait éthique : N’hésitez jamais à refuser un ordre, même verbal, si vous le jugez inapproprié, dangereux ou non conforme à la déontologie ou à vos compétences. Votre responsabilité individuelle est engagée.
- La traçabilité est votre meilleure alliée : Chaque étape doit être documentée avec précision.
Impact sur la sécurité du patient et la responsabilité professionnelle
La procédure de prescription orale en urgence, encadrée par le délai de régularisation sous 5 jours, est un mécanisme essentiel qui équilibre la nécessité d’agir vite et celle de garantir la sécurité du patient et la conformité des pratiques. En tant qu’infirmier(e), vous êtes un maillon indispensable de cette chaîne de sécurité. Votre diligence dans la documentation, le suivi et les rappels pour la régularisation protège non seulement le patient, mais aussi l’équipe soignante et vous-même.
La responsabilité professionnelle partagée entre l’infirmier(e) et le médecin exige une collaboration étroite et une compréhension mutuelle des contraintes et des obligations de chacun. Le respect de cette procédure est un gage de professionnalisme et d’éthique.
En conclusion, la prescription orale en urgence est une pratique dérogatoire, mais encadrée, à laquelle nous sommes parfois confrontés. La clé de sa bonne gestion réside dans une rigueur exemplaire, une documentation impeccable et un suivi proactif de la régularisation dans les 5 jours ouvrables. Votre rôle est crucial pour la sécurité des patients et la protection de tous les professionnels impliqués. Restons vigilants, formés et toujours soucieux de la qualité de nos soins.
Cet article est à visée éducative et ne remplace pas les protocoles de votre établissement.